Soutenance de thèse / Elaheh Habibi / La photographie de guerre en Iran (1980-2019) : inspirations passées et relectures actuelles
L’ED 441 a le plaisir de vous inviter à la soutenance de thèse d’Elaheh Habibi, préparée sous la direction de Mercedes Volait et Petra de Bruijn :
La photographie de guerre en Iran (1980-2019) : inspirations passées et relectures actuelles
Lundi 29 juin 2026 à 14h à la Galerie Colbert – 2, rue Vivienne – Paris 2e – Salle Jullian (1er étage)
Jury
Hamit BOZARSLAN, Directeur d’études, EHESS – CETOBaC
Alain MESSAOUDI, Maître de conferences HDR, Nantes Université
Petra DE BRUIJN, Maître de conférences, Université de Leyde, co-directrice de la thèse
Mercedes VOLAIT, Directrice de recherche émérite, CNRS, directrice de la thèse
Résumé
Cette thèse examine comment les photographies de guerre iraniennes — et leurs parcours inégaux dans les archives étatiques, privées et numériques — construisent, contestent et recirculent la mémoire nationale de 1981 à nos jours. En articulant une histoire photographique minutieuse avec les théories critiques de l’archive et du témoignage, elle comble un angle mort persistant de la recherche qui a longtemps réduit l’imagerie révolutionnaire et guerrière iranienne soit à une propagande héroïque, soit à des objets esthétiques isolés. À l’inverse, l’étude suit les trajectoires éthiques et politiques d’environ 500 images conservées dans 10 archives — certaines sur site, d’autres entièrement en ligne — situées à Manchester, Londres, Paris, Amsterdam, Chicago et Téhéran, complétées par 28 entretiens avec des photographes et des commissaires d’exposition. Ces images apparaissent comme de véritables agents sociaux dont la visibilité, la censure et la réutilisation façonnent en permanence la mémoire collective.
Couvrant la période révolutionnaire et la guerre Iran-Irak (1980–1988), la thèse montre comment la photographie est devenue un champ de bataille du sens, servant à la fois d’instrument du pouvoir d’État et d’outil de résistance populaire, contribuant ainsi à façonner l’identité nationale, la mémoire collective et la conscience publique. Des analyses fines d’archives, d’expositions et de livres de photographie — incluant des projets institutionnels comme Enfant, Foi, Libération au Musée d’art contemporain de Téhéran (1981), et des pratiques indépendantes telles que celles de Kaveh Golestan (1950-2003) — révèlent les récits concurrents inscrits dans le corpus photographique.
S’appuyant sur les travaux théoriques d’Ariella Azoulay, Susan Sontag, Thy Phu, Michel Foucault, Jacques Derrida, Afsaneh NajmAbadi et Judith Butler, la recherche met en lumière des collections et des interventions curatoriales jusqu’ici peu étudiées : la série Manifestations de l’art révolutionnaire (1986), le corpus kurde marginalisé de Kaveh Golestan, ainsi que des projets contre-archivistiques récents, tels que les photolivres de 2019 réalisés par des artistes contemporains comme Hannah Darabi (née en 1981). Elle montre comment les récits visuels de la révolution et de la guerre continuent d’être renégociés et recontextualisés.
Les principaux résultats révèlent un réseau de contre-archives, notamment des pratiques curatoriales féministes du photolivre, qui déstabilisent le récit officiel centré sur le martyre et ouvrent un espace à des mémoires plurielles. Guidée par la question centrale : « Que deviennent les significations de la guerre lorsque les photographies migrent des caméras de première ligne aux coffres institutionnels et aux plateformes militantes contemporaines ? », la thèse développe trois axes d’investigation :
1. Comment les images ont-elles été mobilisées entre 1979 et 1988 pour forger une mémoire nationale dominante ?
2. Comment les pratiques curatoriales et archivistiques actuelles, qu’elles soient institutionnelles ou issues de la société civile, reconfigurent-elles ou contestent-elles cette mémoire ?
3. Quelles responsabilités éthiques émergent pour les photographes, les archivistes et les spectateurs dans ce champ disputé ?
En conjuguant analyse visuelle minutieuse et ethnographie numérique, la thèse repositionne la photographie de guerre iranienne dans les débats mondiaux sur les archives, la représentation du genre, les études moyen-orientales et le « contrat civil » de la photographie. Elle propose ainsi un modèle méthodologique pour étudier les images comme des acteurs dynamiques à travers le temps, les médias et les régimes politiques.