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Soutenance

Textiles et pouvoir impérial sous les mongols : production, circulation, consommation et usages sociaux

L’ED 441 a le plaisir de vous inviter à la soutenance de thèse de Ruibo YU, préparée sous la direction de Jean-Pierre Van Staëvel :

Textiles et pouvoir impérial sous les mongols : 
production, circulation, consommation et usages sociaux

22 Juin 2026

9h00, Galerie Colbert, salle Demargne (rez-de-chaussée)

Jury

Michele BERNARDINI, Professeur, Università di Napoli L’Orientale
Éloïse BRAC DE LA PERRIÈRE, Professeure, Sorbonne Université
Isabelle CHARLEUX, Directrice de recherche, CNRS
Sophie DESROSIERS, Maîtresse de conférences, EHESS
Jean-Pierre VAN STAËVEL, Professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Résumé

Cette thèse porte sur le textile tissé en lampas aux fils de soie et d’or, désigné dans les sources par le terme générique de nasīj. En se fondant sur la recherche de Maurice Lombard sur une « civilisation du textile », elle repose sur l’idée que, dans le monde islamique comme dans les sociétés nomades, l’étoffe constitue à la fois un capital mobile, un marqueur de rang et un médium privilégié de la représentation du pouvoir. Le corpus matériel comprend 177 pièces textiles, qui sont à la fois complètes et fragmentaires. La majorité correspond à des lampas à fils d’or produits à l’époque mongole (XIIIᵉ–XIVᵉ siècles), auxquels s’ajoutent quelques textiles sans fils métalliques et un nombre limité de pièces antérieures, intégrées à des fins comparatives. Ces objets proviennent principalement de collections muséales en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique du Nord, ainsi que, plus ponctuellement, de collections privées et de trésors d’églises européennes. La méthodologie de recherche repose sur le croisement entre l’analyse directe des objets (structures, techniques, motifs, usages) et un corpus de sources écrites en arabe, persan, chinois et latin. De surcroît, l’un des apports majeurs du travail réside dans cette approche plurilingue, notamment par l’intégration de sources et d’une bibliographie en langue chinoise encore peu exploitées dans la recherche européenne. La thèse vise à montrer que, sous l’Empire mongol, le nasīj devient un textile privilégié des élites et s’inscrit dans un véritable « régime textile » impérial, qui est caractérisé par une production techniquement avancée, standardisée et étroitement encadrée par l’État. Par ailleurs, les étoffes circulent dans des contextes ritualisés et participent à la structuration des hiérarchies sociales et à la mise en scène du pouvoir. Au-delà de l’Asie, ces textiles circulent vers l’Europe sous forme de panni tartarici, qui sont intégrés aux trésors ecclésiastiques et aux garde-robes aristocratiques. En retraçant ces circulations, la thèse essaye de mettre en lumière le rôle des Mongols dans la reconfiguration des systèmes de production et de consommation des textiles de luxe à l’échelle eurasiatique, et d’inviter à repenser les Routes de la Soie comme un espace structuré non seulement par les échanges commerciaux, mais aussi par une véritable politique du textile.

Mots-clés : l’Empire mongol ; la Route de la Soie ; nasīj ; tissage lampas ; robe d’honneur (khilʿa, zhi-sun) ; tente dorée (sira ordo) ; panni tartarici.